samedi 17 octobre 2015

Mauvaises expériences photographiques : les éviter, les gérer

Hand par Eugene-kukulka
      

 Avant même de commencer à parler du sujet, je précise que cet article a été écrit sur la base de MON expérience personnelle et qu'il contient MES opinions. Les mauvaises expériences, et surtout en ce qui concerne les « photographes pervers », sont des sujets assez tabous qui peuvent susciter des réactions assez violentes de la part de nombreux artistes : certains se sentent peut être visés, d'autres sont révoltés face à ça, d'autres apparentent ça à de la diffamation, d'autres pensent que lorsqu'on en parle on en fait forcément une généralité, et même certains rejettent la faute sur les modèles... Bref, sachez que je ne vise personne ici et que j'essaye de parler de MA perception des choses qui est la vision d'une modèle, et plus précisément la sensibilité d'une femme modèle lambda. Chacun appréhende certaines situations de différentes manières, et c'est ce pourquoi je vous invite vous aussi à donner votre opinion personnel sur le sujet, sans pour autant blâmer et insulter ceux qui ne partagent le même que vous. Enfin, j'ai vécu moi même deux sortes de « mauvaise expérience », et je ne suis pas ici pour les décrire, mais plutôt pour dire ce que j'en ai tiré comme leçons ce qui est l'essentiel. Merci de votre respect et compréhension.



     Tout d'abord, qu'est ce que j'entends par « mauvaise expérience »? Une mauvaise expérience, pour moi, en photo, c'est lorsqu'on le ressort d'un shooting avec un sentiment de honte, de regret , de fort doute, voire de totale incompréhension. C'est lorsque l'on a fait un shooting qui ne s'est pas déroulé du tout comme prévu : cela peut-être dut par le contenu même du shooting ( poses non prévues, cadre et ambiance étranges ), mais aussi par le comportement du photographe ( des regards « lourds », un comportement agressif, moqueur, tactile... ou pire ). Les mauvaises expériences sont dures à vivre, autant pendant qu'après, car on a souvent honte d'en parler et on se sent terriblement conne, stupide, oui. On a tendance à vouloir effacer ça au plus vite, on essaye même de se dire que c'était juste de la paranoïa : mais plus on se voile la face, plus ça vous travaille, jusqu'au jour ( à plus ou moins long terme ) où vous avez le courage de vous dire : oui j'ai vécu une mauvaise expérience, et oui je vais en parler. Une mauvaise expérience, même minime peut avoir un impact sur votre volonté de continuer ou non dans la photo ( et les plus graves n'en parlons pas... ) : mais cela bien heureusement, reste des cas isolés, qu'on apprend, au fur et à mesure de l'expérience, à « sentir », mais également à éviter grâce à des choses simples mais importantes.

1er conseil :   Lorsqu'un photographe vous contacte, réclamez toujours, bien évidemment, un book ou une plate-forme où l'on peut observer ses travaux. ( ça peut être un site web, une page...etc. ) Regardez bien le « genre » de ses photos et le style de pose qu'il fait faire. Si cela vous semble « vulgaire », que le style ne vous plaît pas ( pour vous, et par pur avis personnel ) pas la peine de dire oui juste pour avoir quelques photos supplémentaires ; il est fort à parier que le rendu ne vous plaira pas, que vous allez le regretter... bref, restez toujours conséquent avec vous même.
Si vous débutez vraiment et que c'est un amateur peu connu qui vous contacte, un peu sorti de nul part : vérifiez que les photos lui appartiennent vraiment, en particulier si elles sont étonnement de très bonne qualité pour quelqu'un de parfaitement inconnu au bataillon. Pour cela, il y a deux techniques : soit le nom des modèles apparaît et il suffit d'aller sur leur book/page et voir si le photographe en question apparaît dans les crédits photo , soit vous mettez la photo dans la recherche google image faite pour ça et tomberez éventuellement sur le « vrai » photographe, si jamais le premier était un faux.

2ième conseil : Si vous avez un doute quant à la fiabilité du photographe pour diverses raisons ( même s'il est populaire et qu'il a pris pleins de modèles plus ou moins connues en photo !!!) , contactez les modèles qu'il a déjà pris en photo ! Et pas seulement une seule : plusieurs. En effet, une expérience peut bien se passer pour une, mais pas pour une autre : prenez différentes modèles, y compris dans les moins « connues » du book, cherchez à les contacter en envoyant un message poli demandant seulement comment s'est passé le shooting en général. N'ayez vraiment pas peur de faire ça : tous les modèles répondent généralement et parfois vous avez des surprises sur les réponses ;) ! Si vous avez le moindre doute après ces différents retours d'expérience, ne tentez pas le diable et n'organisez pas de shooting avec ledit photographe : il serait bête de se mettre en danger pour quelques photos même avec un « nom » ( et sachez que justement, parmi certains « noms » de la photo, certains profitent de la volonté de se faire connaître de certaines modèles pour en abuser. C'est une large minorité, mais ça existe et quand on entend certaines histoires ça fait froid dans le dos ! )

3ième : Lors de la prise de contact, certains photographes sont très formels d'autres plus « détendus ». Ce n'est pas gage forcément d'une future mauvaise expérience, non. Par contre, si celui-ci commence à discuter avec vous, vous faire des sous-entendus étranges, vous draguer, vous faire des compliments plutôt mal placés … je vous conseille de fuir. Vraiment. Un shooting doit rester une expérience de l'ordre du partage artistique, pas un rendez-vous meetic. De même, s'il semble agressif parce que vous refusez de faire certaines catégories artistiques alors même que c'est lui qui vous a contacté, coupez net la conversation. VOUS vous imposez vos propres limites avant une séance, s'il ne les accepte pas, ce n'est tout simplement pas la peine de collaborer . D'ailleurs, définissez bien le déroulement de la séance en particulier lorsque celle-ci se déroule dans un lieu « clos » et que la thématique est particulière ( nu, lingerie...etc) Soyez très clair sur ce que vous ne voulez pas faire, écrit noir sur blanc.

4ième : Sur ce point, je sais que ça cause débat : la question de l'accompagnement. Certains photographes refusent que vous soyez accompagnés et non ce ne sont pas forcément des pervers : il faut savoir que les mauvaises expériences, c'est dans les deux sens et que certains photographes se sont retrouvés avec des petits copains de modèles particulièrement relous , jaloux, et possessifs, pour ne donner qu'un exemple. Certains estiment que ça « coupe » le partage artistique entre la modèle et le photographe : et je suis plutôt d'accord. PAR CONTRE, lorsque celui-ci refuse carrément que vous vous fassiez emmener et ramener par quelqu'un, là, non, il faut catégoriquement refuser. D'ailleurs, lorsque le shooting se fait dans un studio, chez un photographe, ou dans un lieu isolé : demandez toujours l'adresse exacte et refusez d'aller dans un endroit qui n'était pas prévu à la base durant la séance.

5ième : Pas d'alcool, pas de drogues, même pas un verre durant un shooting. Rien. Même si l'esprit est « rock'n'roll » ou que sais-je, n'acceptez rien à boire de suspect ni aucune substance illicite.

6ième : Par pudeur, et pour prouver que vous n'êtes pas là pour vous exhiber librement devant le photographe afin qu'il se rince l’œil : prévoyez un peignoir , ou quelque chose pour vous couvrir si vous faites du nu ( ou réclamez en si vous avez oublié ) Un bon comportement doit être aussi bien adopté par le photographe que par la modèle ! Le nu, c'est pour la photo, dès que vous sortez du cadre, vous vous couvrez et vous vous déshabillez/rhabillez dans un endroit qui n'est pas à la vue du photographe.

7ième : Oser dire non ,et c'est le point le plus dur. Si malgré toutes les règles établies, toutes les mesures prises, le photographe dépasse les bornes durant la séance ou fais des choses qui vous dérangent : faites le lui remarquer , et si sa réaction est mauvaise... partez, simplement. C'est souvent le plus dur à faire, il faut le vivre pour le comprendre : mais normalement, si toutes les mesures précédentes ont été prises, il n'y a pas de raisons pour que ça se passe mal ! ( si j'avais fait tout ça avant mes deux mauvaises expériences, je ne les aurai sûrement pas vécues et n'aurai même pas organisé le shooting  ! ^^ )



     Si malgré tout ça, il vous ait arrivé quelque chose : vous n'êtes pas stupide, non et vous n'êtes surtout pas seule ! Des débutants comme des modèles actuellement très expérimentés sont hélas déjà passés par là !

• Si cela est grave, allez porter plainte. Trop ne le font pas, et pour cause : peur du jugement et de la moquerie, de ne pas être prise au sérieux par la gendarmerie ( et peur tout à fait justifiée), sentiment que ça ne servira à rien et que ça va nous retomber dessus. La justice est très en retard sur ça, même les viols aboutissent très peu à des peines exemplaires, nous le savons. Mais pourtant : il faut le faire. Pour vous, ça vous permet d'assimiler les choses et de commencer éventuellement un travail sur soi, mais surtout : si d'autres filles portent plainte contre le même photographe, là les ennuis pour lui vont vraiment commencer. Il est difficile de penser aux autres dans ce genre de situation, mais si vous avez la force de le faire, faites le !

• Parlez – en autour de vous , en des personnes de confiance, qui vous comprendront et ne vous jugeront pas. Le mépris de certains vous ferait encore plus du mal, il est important de rester assez discrète sur le sujet tant que vous n'avez pas commencé la « digestion » de la chose... Il est inutile d'exposer les noms en public sur internet, ils finissent de toutes manières par circuler de discussions irl en discussions irl, vous en faites pas : en publiant les faits publiquement en voulant faire bien, on se retrouve accusé de diffamation pour rien et c'est encore pire si le photographe a su bien s'entourer, tout peut se retourner contre vous et c'est une double peine à vivre. De plus, les gens qui ne vous connaîtront pas et qui n'ont jamais vécu ce genre d'expérience ont tendance à porter un jugement très violent envers vous, car pour eux, tout parait toujours si simple...  Par contre, si l'on vient vous demander votre avis sur le photographe concerné : n'hésitez pas à le déconseiller, sans forcément partir dans les détails. Quand vous arriverez à parler de votre expérience beaucoup plus facilement , c'est que l'acceptation est en grande partie faite et que le plus gros du travail est fait, que tout ça est du passé !

• Pour les situations plus ambiguës qui ne sont ni de l'ordre de l'attouchement ou du viol, je pense qu'il est nécessaire d'en reparler avec le photographe une fois la séance largement passée : parfois, il y a peut-être eu juste une petite incompréhension , et être éclairé sur tout ça , avoir des excuses, permet de sentir plus « leger » . En effet, certains photographes sans forcément de mauvaise volonté , oublient qu'ils ont affaire à des humains en face d'eux , à des personnalités aussi différentes les unes des autres : une parole, un geste, une façon d'être qui sera bien pris par un ne sera pas forcément bien pris par un autre. Un truc tout bête : une mèche de cheveux remise derrière une oreille sans prévenir , pour la photo, peut être pris pour une attouchement par une modèle qui n'osera peut-être pas le dire, alors que le photographe ne s'en rendra même pas compte et pensera que tout s'est bien passé. C'est très important de parler du coup, de communiquer, et de ne pas laisser certaines situations transformer un shooting en un vrai calvaire.



     Et n'oubliez pas, les mauvaises expériences restent quelque choses de minoritaire à côté des bonnes :) Ne vous dégoûtez pas de la photo pour ça , il y a vraiment des gens qui sont formidables également et qu'on ne cite que trop peu !


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